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                                法文诗:Le bateau ivre沉醉的船

                                作者:兰波    文章来源:本站原创    更新时间:2013-10-8

                                法文诗:Le bateau ivre沉醉的船 兰波RIMBAUD   (1854-1891)

                                Le bateau ivre 
                                Comme je descendais des Fleuves impassibles,
                                Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
                                Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,
                                Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

                                J'étais insoucieux de tous les équipages,
                                Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
                                Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
                                Les Fleuves m'ont laissé descendre où je voulais.

                                Dans les clapotements furieux des marées,
                                Moi, l'autre hiver, plus sourd que les cerveaux d'enfants,
                                Je courus ! Et les Péninsules démarrées
                                N'ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.

                                La tempête a béni mes éveils maritimes.
                                Plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flots
                                Qu'on appelle rouleurs éternels de victimes,
                                Dix nuits, sans regretter l'oeil niais des falots !

                                Plus douce qu'aux enfants la chair des pommes sûres,
                                L'eau verte pénétra ma coque de sapin
                                Et des taches de vins bleus et des vomissures
                                Me lava, dispersant gouvernail et grappin.

                                Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
                                De la Mer, infusé d'astres, et lactescent,
                                Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
                                Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;

                                Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
                                Et rhythmes lents sous les rutilements du jour,
                                Plus fortes que l'alcool, plus vastes que nos lyres,
                                Fermentent les rousseurs amères de l'amour !

                                Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
                                Et les ressacs et les courants : je sais le soir,
                                L'Aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes,
                                Et j'ai vu quelquefois ce que l'homme a cru voir !

                                J'ai vu le soleil bas, taché d'horreurs mystiques,
                                Illuminant de longs figements violets,
                                Pareils à des acteurs de drames très antiques
                                Les flots roulant au loin leurs frissons de volets !

                                J'ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
                                Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs,
                                La circulation des sèves inouïes,
                                Et l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !

                                J'ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries
                                Hystériques, la houle à l'assaut des récifs,
                                Sans songer que les pieds lumineux des Maries
                                Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs !

                                J'ai heurté, savez-vous, d'incroyables Florides
                                Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux
                                D'hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides
                                Sous l'horizon des mers, à de glauques troupeaux !

                                J'ai vu fermenter les marais énormes, nasses
                                Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan !
                                Des écroulements d'eaux au milieu des bonaces,
                                Et les lointains vers les gouffres cataractant !

                                Glaciers, soleils d'argent, flots nacreux, cieux de braises !
                                Échouages hideux au fond des golfes bruns
                                Où les serpents géants dévorés des punaises
                                Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums !

                                J'aurais voulu montrer aux enfants ces dorades
                                Du flot bleu, ces poissons d'or, ces poissons chantants.
                                - Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
                                Et d'ineffables vents m'ont ailé par instants.

                                Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,
                                La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
                                Montait vers moi ses fleurs d'ombre aux ventouses jaunes
                                Et je restais, ainsi qu'une femme à genoux...

                                Presque île, ballottant sur mes bords les querelles
                                Et les fientes d'oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds.
                                Et je voguais, lorsqu'à travers mes liens frêles
                                Des noyés descendaient dormir, à reculons !

                                Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
                                Jeté par l'ouragan dans l'éther sans oiseau,
                                Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
                                N'auraient pas repêché la carcasse ivre d'eau ;

                                Libre, fumant, monté de brumes violettes,
                                Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
                                Qui porte, confiture exquise aux bons poètes,
                                Des lichens de soleil et des morves d'azur ;

                                Qui courais, taché de lunules électriques,
                                Planche folle, escorté des hippocampes noirs,
                                Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques
                                Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ;

                                Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues
                                Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais,
                                Fileur éternel des immobilités bleues,
                                Je regrette l'Europe aux anciens parapets !

                                J'ai vu des archipels sidéraux ! et des îles
                                Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :
                                - Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t'exiles,
                                Million d'oiseaux d'or, ô future Vigueur ?

                                Mais, vrai, j'ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes.
                                Toute lune est atroce et tout soleil amer :
                                L'âcre amour m'a gonflé de torpeurs enivrantes.
                                Ô que ma quille éclate ! Ô que j'aille à la mer !

                                Si je désire une eau d'Europe, c'est la flache
                                Noire et froide où vers le crépuscule embaumé
                                Un enfant accroupi plein de tristesse, lâche
                                Un bateau frêle comme un papillon de mai.

                                Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,
                                Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,
                                Ni traverser l'orgueil des drapeaux et des flammes,
                                Ni nager sous les yeux horribles des pontons.

                                法文诗-幸福在哪里?
                                Le papillon 蝴蝶
                                法文诗:Le Chêne Et Le Roseau
                                Bonne Grosse Soupe de bonheur
                                尤利西斯的幸福

                                法文诗:Le bateau ivre沉醉的船:http://www.enjoysicilytravel.com/fy/frg/201310/33327.html

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